Voeux 2025

Nous voici aux portes de 2025, qui s’ouvrent sur un monde tourmenté par les guerres, celles dont on parle et celles plus nombreuses, plus meurtrières aussi, qui ne font guère l’actualité médiatique.

Et comme si ces tragédies provoquées par quelques psychopathes mégalomanes ne suffisaient pas, le désordre climatique provoque, un peu partout dans le monde, des bouleversements inédits et dramatiques ; le cyclone Chido, qui vient de frapper durement notre département de Mayotte, l’illustre cruellement.

Partout, ce sont les populations les plus pauvres, les plus déshéritées, les plus exposées qui en subissent, en premier, les conséquences.

Et personne n’est épargné, dans quelques territoires que ce soient.

Loin de nous replier sur nous-mêmes, c’est vers une solidarité humaine, sincère et désintéressée que nous devons nous tourner, pour porter, partout où nous le pouvons, comme nous le pouvons, assistance et bienveillance à tous ceux qui nous entourent. A tous, parce que notre Humanité est en danger …

Ce qui vaut dans notre vie privée s’applique aussi à notre activité professionnelle … ; protéger les salariés en difficulté, défendre les emplois sans renier la préservation de nos acquis sociaux, telle doit être l’équation difficile, en ces temps impétueux, avec laquelle nous devons composer.

C’est en tout cas le vœu que notre Syndicat forme pour cette nouvelle année 2025, sans doute plus incertaine encore que celle qui s’achève …

A toutes et tous, nous délivrons, ainsi qu’à tous vos proches, un message d’espérance pour ces douze prochains mois.

Amicalement.

Le bureau du SGTCF.

Désordres climatiques : quelles réponses apporter ?

Le dérèglement climatique n’est plus une vue de l’esprit.

Chaque année, chaque mois, chaque semaine presque, nous sommes spectateurs, un peu partout dans le Monde, de fortes perturbations, qui entraînent des précipitations élevées et des inondations répétées. La France n’a pas été épargnée ces dernières semaines et l’Espagne se relève à peine des dernières intempéries qui ont fait des centaines de morts et de disparus. Mais elles n’ont pas davantage épargné le Brésil en avril, l’Asie du Sud-est en juillet (Népal, Bangladesh, Inde, Pakistan) ou l’Afrique centrale (Libéria, Nigéria, Mali, Niger, Tchad …) en septembre …

Et lorsque les pluies ne sont pas de la partie, ce sont des périodes de sécheresse et des températures élevées, facilitant les feux de forêts, qui impactent notre quotidien (en Amazonie, en Équateur, avec près de 5.000 feux de forêts, dans l’ouest des États-Unis avec les forêts tempérées de conifères, et l’Alaska, le nord du Canada et de la Russie, couvertes par les forêts boréales). L’ONU estime que le monde a perdu 70% de ses zones humides au cours du siècle dernier.

D’une manière ou d’une autre, de nombreux secteurs d’activité subissent de plein fouet ces aléas climatiques, au premier rang desquels celui de l’agriculture.

Sommes-nous totalement impuissants face aux assauts répétés de la nature ? ces dérèglements sont-ils véritablement irréversibles ? devrons-nous changer de mode de vie ou chercher à nous adapter pour surmonter ces nouvelles conditions de vie ?

Une prise de conscience mondiale

La constatation du dérèglement climatique ne date pas d’aujourd’hui. Et la prise de conscience est internationale, puisque, rappelons-le, en 2025, se déroulera, au Brésil à Belém, la 30ème Conférence internationale des Parties sur le climat (COP), sous le haut patronage des Nations Unies.

30 années de réflexion, à défaut d’actions d’ampleur, sur le changement climatique, les efforts à entreprendre et de constats implacables.
Depuis la 1ère Conférence de Berlin en 1995, on aura bien noté quelques grands engagements (le protocole de Kyoto de 1997 – COP 3 et la Conférence de Paris – COP 21 de 2015) et une prise de conscience progressive du réchauffement de la planète, mais on aura surtout constaté une forme de léthargie des presque 200 pays qui, après avoir présenté leurs contributions déterminées au niveau national (CDN), ont pourtant connu les plus grandes difficultés à entamer des plans de « décarbonation » de leur économie.

Chacun peut désormais le constater : les rejets (émission de polluants, eaux usées, production de déchets, etc.), la dégradation et l’appauvrissement des sols, l’impact de l’habitat et l’excès de bétonisation, l’utilisation irraisonnée des ressources, générés par les activités humaines ont des répercussions directes sur l’environnement.

Ainsi, les différents modes de transport, les types de production (raffinage, énergie, électricité par le charbon ou le gaz), l’utilisation de fluides de refroidissement ou de fluides frigorifères, qui atteint la couche d’ozone, les exploitations minières, les industries chimiques et industries lourdes, l’utilisation abondante et irraisonnée de pesticides en agriculture, l’utilisation de produits chimiques volatils, l’incinération des déchets, ont un effet sur le réchauffement de la planète, par l’émission de dioxyde de carbone, de gaz à effet de serre. Ils détériorent la qualité de l’air, acidifient les lacs et les rivières, génèrent des pluies acides, déposent des polluants atmosphériques sur les terres et sur les plans d’eau. Les effets sur la santé humaine et la vie sauvage sont indéniables et conduisent, pour les humains, à des troubles des voies respiratoires supérieures et l’augmentation du nombre d’hospitalisations.

Par ailleurs, la pollution des eaux souterraines et plus généralement des fleuves, des mers et des océans est tellement élevée qu’elle risque de devenir périlleuse pour la survie même de notre planète et de ses habitants, à l’image d’une maladie qui ronge de l’intérieur, qui atteint la plupart de nos organes jusqu’à l’apparition de symptômes irréversibles. Ce qui ne se voit pas n’en est pas moins dangereux, bien au contraire, voire pernicieux.

Le captage excessif des eaux destinées à la consommation (eaux de source dites naturelles, par exemple, mais qui deviennent de plus en plus contaminées) et aux usages domestiques ou utilisées à des fins industrielles, les modes d’irrigation, l’enfouissement des déchets dont certains sont très dangereux et la multiplication des décharges plus ou moins sauvages à ciel ouvert, les réservoirs de carburants, le déboisement, l’artificialisation des sols (bétonnage), la gestion des fumiers d’origine animale conduisent globalement à la baisse de la qualité de l’eau souterraine, à la dégradation de la qualité de l’eau potable et des sources naturelles, à la baisse des nappes phréatiques.
Les fleuves, mers et océans sont eux impactés par les rejets industriels, les rejets d’eaux usées (égouts, ruissellements des zones urbaines), par l’immersion de déchets de toute nature (pétrochimiques, y compris nucléaires), l’intensification des pratiques de pêche commerciale, les dégazages sauvages des navires commerciaux, les chutes de conteneurs maritimes, le déboisement des côtes, la destruction des terres humides. Conséquence : une dégradation des habitats marins, entraînant la baisse ou la migration massive des populations de poissons, la multiplication des maladies, l’invasion d’espèces exotiques, la disparition de la flore et de la faune marines et un impact économique certain sur les métiers de la pêche, qui souffrent de la raréfaction, voire de la disparition d’un certain nombre d’espèces.

De même, le déboisement des rives, la collecte, l’entreposage et l’élimination des déchets agricoles, l’épandage expansif des pesticides, l’assèchement et l’élimination des espaces humides, l’artificialisation des sols, les rejets de toute sorte (industriels, polluants, carburant, eaux de ballast dans les navigations maritimes et de plaisance, eaux usées…), les décharges, la construction d’infrastructures (digues, ponts et autres ouvrages, …), contribuent à la diminution de la biodiversité, l’accroissement des eaux de ruissellement et de l’érosion des sols, la détérioration de la qualité de l’habitat des poissons et d’autres organismes aquatiques, la décroissance des espèces de poissons et parallèlement l’implantation d’espèces exotiques nuisibles au détriment des faunes résidentes, la dégradation de la qualité de l’eau (polluants, bactéries, etc. …), la prolifération des algues, entre autres sur les bords de plage (en méditerranée, en Vendée ou sur les côtes bretonnes).

Enfin, l’exploitation irraisonnée des sols, que ce soit en matière agricole (remembrement, utilisation d’engrais et fertilisants, production intensive, épandage de fumier d’origine animale, herbicides), que ce soit dans l’exploitation des espaces forestiers (déboisement au profit de l’expansion rurale ou urbaine), que ce soit l’implantation de structures de loisirs (golfs, villages de vacances, parcs de loisirs, …) qui requièrent une utilisation massive d’eau, que ce soit l’exploitation des ressources minières, de carburants, de gaz, de sable, ou encore une artificialisation des sols par une bétonisation a pour effet d’appauvrir les ressources renouvelables et non renouvelables, de contaminer durablement les nappes souterraines, d’accélérer l’érosion, la dégradation des habitats sauvages, le ruissellement des eaux pluviales qui ne parviennent plus à pénétrer en profondeur dans les terres.

Des dérèglements en chaîne qui n’épargnent plus aucun territoire : l’Europe constate les dégâts …

Depuis des années, les épisodes de sécheresse et de fortes perturbations atmosphériques se succèdent.

On assiste à une multiplication des incendies de forêts, principalement dans les pays du sud : Portugal, Espagne, Grèce, France, … ; en cause, principalement, l’assèchement des sols, le manque d’entretien des espaces boisés, le manque d’anticipation lors des départs de feux en termes de surveillance, le positionnement préventif des forces d’intervention insuffisant ou inexistant, les mécanismes de solidarité entre pays trop longs …

Mais on note également l’intensification des épisodes pluvieux, avec de très fortes précipitations en un minimum de temps. C’est ce que l’on a constaté en Europe centrale, à la mi-septembre, en Tchéquie, en Autriche, dans le sud de la Pologne, en Roumanie, en Slovaquie, en Allemagne, en Hongrie en Italie, en France au mois d’octobre, mais également en Espagne avec des conséquences absolument dramatiques pour les populations impactées.

Conséquence de ces évolutions : les pertes de récoltes ont triplé en Europe au cours des 50 dernières années et continueront malheureusement d’augmenter, mettant en péril les moyens de subsistance des producteurs et parfois la sécurité alimentaire des populations défavorisées. On note ainsi que la France n’est plus autosuffisante en termes de production agricole pour satisfaire les besoins de la population et qu’elle doit se tourner vers l’importation.

L’impact de ces dérèglements en France …

Tout d’abord, à une période de sécheresse persistante, dont certains départements ou régions continuent d’ailleurs d’en souffrir (les Pyrénées Orientales, par exemple) a succédé la multiplication d’épisodes pluvieux intenses, avec d’importantes inondations locales.

L’excédent pluviométrique a atteint 40 % au mois d’octobre par rapport aux normales constatées sur la décennie 1991-2020, avec en moyenne 132 mm de pluie à l’échelle du pays, soit 132 litres au m² (!), après un mois de septembre également très pluvieux depuis 25 ans (+60 %).

Dans ce dernier cas, cela ne signifie pas que les nappes phréatiques sont pleinement rechargées, dans la mesure où les terres, par manque d’eau pendant plusieurs mois, sont devenues très hermétiques, ce qui a pour effet d’amplifier le cycle des inondations et l’évacuation de l’eau directement dans les fleuves, mers et océans.

+1,9°C : c’est le niveau de réchauffement actuel en France (moyenne sur la dernière décennie), par rapport à la période 1850-1900, si l’on se réfère au dernier rapport du Haut conseil pour le climat (à l’échelle mondiale, ce réchauffement est estimé à +1,1°C).
Et avec ses près de 6.000 km de côte (en métropole), la France est l’un des pays européens les plus menacés par les inondations côtières, dont le risque est renforcé par la montée des eaux et l’érosion engendrées par le changement climatique.

La situation n’est pas meilleure dans nos départements ou territoires d’outre-mer : destructions des récifs coralliens qui protègent les côtes, érosion, submersions marines causées par l’intensification des tempêtes, élévation du niveau de la mer, le réchauffement et l’acidification des océans suscitent de vives inquiétudes, avec un risque d’inhabilité progressive des zones côtières et de la hausse de la fréquence des cyclones de catégorie 4 à 5, c’est-à-dire des vagues de six à neuf mètres à la côte, et des vents de plus de 300 kilomètres en rafales.

On évalue le nombre de personnes vivant dans des zones à risque à 900.000 environ. Il pourrait passer à plus d’1,5 million d’ici la fin du siècle, si les émissions restent élevées.

… et en Île-de-France …

L’Île-de-France est l’une des régions les plus urbanisées en France : de fait, elle subit souvent des épisodes de très fortes chaleurs, notamment à cause de l’effet « îlot de chaleur urbain » qui peut entraîner jusqu’à 10 degrés d’écart entre une ville et les territoires ruraux.

Le béton, le bitume, le goudron captent dans la journée la chaleur pour la libérer la nuit, ce qui ne permet pas un refroidissement suffisant de l’air.

Les zones urbaines sont particulièrement concernées par ce risque, avec un écart qui peut aller jusqu’à +12°C entre les zones rurales et les plus grandes villes. La chaleur peut entraîner de graves conséquences pour la santé : on estime que 35 % des morts liées à la chaleur durant l’été entre 1991 et 2018 sont imputables au changement climatique.

Les perspectives à l’horizon de 2050 laissent présager une aggravation des périodes de chaleur, avec des températures pouvant aller jusque 50 ° sur une durée de 15 jours supplémentaires par an ; conséquence, des pics de pollution plus nombreux, des détresses respiratoires, des pénuries d’eau, des travailleurs davantage éprouvés, particulièrement dans certains secteurs d’activité (BTP, …), une surmortalité liée aux canicules (à titre d’exemple, on l’estime à 7.000 morts supplémentaires en 2022 en France) qui pourrait atteindre 200% sur Paris.
D’ores et déjà, des épisodes de grande chaleur et de fortes pluies se succèdent, à un rythme plus soutenu. Les épisodes de canicule se produisent bien plus souvent, sur des périodes plus longues (avant et après l’été), avec une forte intensité. S’il n’y avait pas eu d’aggravation climatique, la canicule de juillet 2019 – au cours de laquelle une température record de 42,6 °C a été constatée à Paris – n’aurait eu qu’un risque sur 20.000 de se produire. Et si le réchauffement atteint +2 °C, ce risque pourrait atteindre 25% et plus d’un tiers de la population de cette zone pourrait manquer d’eau…. Les régions sèches, comme le sud de la France, le seront davantage dans le futur, avec des répercussions importantes sur l’agriculture, la biodiversité, les forêts…
Si l’on se base sur les projections actuelles, la région Île-de-France, qui enregistrait entre 6 à 9 jours de canicule par an à la fin du XXe siècle, pourrait en connaître 23 à 30 jours d’ici 2050. Si le réchauffement atteint +4 °C en France, ce qui est probable, des pics de chaleur inédits pourraient dépasser les 50 °C. D’ici 2080, on pourrait observer des canicules de 34 jours par an, avec 35 nuits tropicales (c’est-à-dire avec des températures supérieures à 20 °C), soit 8 fois plus qu’aujourd’hui. Un été comme celui de 2022, considéré comme extraordinairement chaud, pourrait finalement devenir la norme, dès 2030.

Récemment encore, au mois d’octobre 2024, dans les Yvelines, il est tombé environ 40mm et même jusqu’à 50mm de pluie localement, avec des évacuations préventives. Dans l’Essonne, les axes RD 988 secteur Limours/Forges les Bains (lieu-dit Malassis), RD 97 secteur de Forges les Bains et RD 05 au niveau de Chatignonville/Corbreuse ont été fermés pour cause d’inondation. Une partie de l’Île-de-France est placée en vigilance orange pluie-inondation le 17 octobre dernier : l’Essonne, les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne, les Yvelines, le Val-d’Oise et Paris.

À Paris (149 mm enregistrés en moyenne) et dans les Hauts-de-Seine (157 mm en moyenne), octobre 2024 est le deuxième mois d’octobre le plus pluvieux depuis 1981. À Trappes (Yvelines), le cumul de pluie atteint même une valeur inédite pour un mois d’octobre, avec 169 mm. Plusieurs villes de Seine-et-Marne et de l’Eure-et-Loir ont également été inondées après le passage de la dépression Kirk le 9 octobre, accompagnée de rafales de vents importantes (jusqu’à 211 km/h).

Quelles mesures pour éviter lutter contre les effets négatifs sur l’environnement et la dégradation des conditions climatiques ?

La tentation de l’utilisation accrue de la climatisation n’est sans doute pas la solution : elle augmente la chaleur environnante, émet des gaz à effet de serre et n’est, par ailleurs, pas accessible à tous.

Tout nouveau projet, toute nouvelle production, toute nouvelle construction doivent tenir compte, au moment de leur conception de leurs conséquences sur l’environnement. Toutes les technologies dites écologiques doivent être encouragées et un effort particulier doit être entrepris pour favoriser la réparation – donc la durée et le recyclage des produits.

La réduction de la consommation des ressources doit être une priorité, qu’il s’agisse de l’eau ou des productions carbonées, en recherchant et en produisant des sources d’énergie renouvelables, en améliorant le rendement des carburants des véhicules, qui doivent être plus « verts », mais en réduisant également la consommation électrique ou la consommation d’eau des appareils ménagers, ou en renforçant la politique d’isolation des bâtiments, en les rendant moins énergivores. Sur ce dernier point, des normes doivent être imposées lors de la création de nouveaux bâtiments.

Mais ce que nous constatons tous, c’est l’enchaînement des perturbations, avec un niveau de précipitations sans précédent. Il y a fort à parier que cette tendance ne s’inversera pas, si l’on en juge par les actions mises en œuvre par les pouvoirs publics, locaux ou nationaux, en France et au-delà de nos territoires.

Les populations, directement exposées aux aléas climatiques, sont insuffisamment préparées aux situations d’urgence. Des consignes claires en amont peuvent pourtant épargner des vies précieuses.

Les habitations doivent être mieux protégées des inondations, en renforçant les collectes d’eau (triplement des canalisations de captage d’eau pluviale et création de bassins de récupération dans les zones périphériques), mais aussi en refusant les permis de construire en zones inondables. Et même en déplaçant les constructions et habitations les plus menacées. C’est de la responsabilité des Maires et des collectivités locales et régionales.

L’artificialisation des sols doit être stoppée. Le goudronnage, le bétonnage ne permettent plus à l’eau de pénétrer dans les sols. Les cours d’eau dans les villes doivent être davantage drainées et déroutées en évitant les lignes droites d’évacuation, qui facilitent les débordements.

Il faut encourager le reboisement des périphéries urbaines et la végétalisation des villes, pour faciliter le drainage de l’eau et assurer également, par ailleurs, des îlots de fraîcheur à leurs habitants.

Un effort particulier doit porter sur le réaménagement des territoires, pour faciliter l’utilisation des offres multi-transports électriques ou à hydrogène et limiter l’usage des véhicules individuels très polluants, en veillant à assurer une égalité de traitement entre les territoires ruraux et les zones urbaines.

Les organisations syndicales doivent porter un certain nombre de revendications auprès des structures régionales, de nature à assurer une cohésion entre tous les secteurs du transport, un service de qualité aux usagers et à préserver nos emplois et nos acquis sociaux.

Logement social : les salariés en difficulté croissante …

Les années passent et les problèmes de logement s’accumulent et s’aggravent.

Depuis 1977 et la loi n° 77-1 du 3 janvier réformant le financement du logement pour « favoriser la satisfaction des besoins en logements« , puis 1982, avec les Lois de décentralisation confiant aux communes la responsabilité de la planification urbaine et du logement social, les politiques du logement successives ont toujours affiché de grandes ambitions, mais se sont fracassées contre les contraintes budgétaires et financières.

Progressivement, l’État se désengage. Si l’on en juge de la production nationale de logements sociaux, alors que 126.000 logements sociaux étaient encore financés en 2016, ils ne sont plus que 95.000 en 2021, à peine davantage en 2022 autour de 96.000. Ils chutent à 85.000 en 2023, malgré la programmation de 110.000 logements et seront probablement à 80.000 d’ici la fin de l’année. La Banque des Territoires prévoit même une production ramenée à 77.000 jusqu’en 2029, puis à 60.000 par an à partir de 2030 (Le Moniteur 21/09/2023).

Le parc social ne répond donc pas – et de loin – aux besoins. Près de 2,5 millions de ménages attendent un logement social et plus d’ 1,6 million une première attribution. Face aux 400.000 logements délivrés chaque année par les bailleurs sociaux, le compte n’y est pas. En trois ans, les délais d’attente ont de fait progressé, de 20 % à plus de 30 % selon les régions.

Le logement : un droit fondamental

Découlant de la rédaction des 10e et 11e alinéas du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, ce droit s’inscrit dans les textes à valeur constitutionnelle :

« 10. La Nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.

11. Elle garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence. »

Depuis cette déclaration constitutionnelle de 1946, plusieurs lois ou décisions ont apporté quelques précisions supplémentaires :

  • « Le droit à l’habitat est un droit fondamental », loi Quilliot du 22 juin 1982,
  • « Le droit au logement est un droit fondamental ; il s’exerce dans le cadre des lois qui le régissent. L’exercice de ce droit implique la liberté de choix pour toute personne de son mode d’habitation grâce au maintien et au développement d’un secteur locatif et d’un secteur d’accession à la propriété ouverts à toutes les catégories sociales. Aucune personne ne peut se voir refuser la location d’un logement pour un motif discriminatoire défini à l’article 225-1 du code pénal. » Loi Mermaz du 6 juillet 1989,
  • « Art. 1er. – Garantir le droit au logement constitue un devoir de solidarité pour l’ensemble de la nation. Toute personne ou famille éprouvant des difficultés particulières, en raison notamment de l’inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d’existence, a droit à une aide de la collectivité, dans les conditions fixées par la présente loi, pour accéder à un logement décent et indépendant ou s’y maintenir. » Loi Besson du 31 mai 1990.
  • « la possibilité de disposer d’un logement décent est un objectif à valeur constitutionnelle ». Conseil Constitutionnel, décision du 19 janvier 1995.

Une crise de la construction accélérée par le net ralentissement de l’activité pendant et depuis la pandémie de Covid :

D’une part, les confinements ont stoppé une partie des chantiers en cours ou programmés et, d’autre part, les premières contaminations par l’épidémie de Covid-19 ont affecté une partie des salariés du secteur du bâtiment, contraints de se déclarer en arrêts maladies prolongés. Par ailleurs, face au ralentissement d’une activité presque stoppée, les entreprises ont réduit, voire gelé leurs recrutements et préconisé, à la demande des pouvoirs publics, le télétravail. Or, à l’évidence, il est difficile de poursuivre des chantiers de construction en distanciel …

Autre incidence : les administrations, dont certaines ont fermé leurs portes, ont reporté les instructions des demandes de permis de construire, les autorisations de voiries, etc. …

Après confinement, malgré la forte reprise de l’activité générale, de nombreuses difficultés ont entravé la relance du secteur du BTP : des difficultés de recrutement, donc de main-d’œuvre, des pénuries sur les matériaux de construction, une hausse du coût de l’énergie, un embouteillage maritime des commandes en provenance de Chine conjugué à une explosion du coût du transport maritime, considérablement accélérées par le déclenchement de l’invasion russe en Ukraine.

L’envol du prix des matériaux, l’accumulation des délais d’approvisionnement, l’évolution des taux de crédit pour le logement social, que ce soit d’ailleurs pour les promoteurs comme pour les particuliers, ont accéléré la crise, dégradé la masse salariale et provoqué la disparition d’une partie des emplois, contribuant à une perte de compétences et à la disparition d’emplois locaux …

Les salariés percutés par la crise du logement …

Face au coût élevé des loyers, auxquels il convient d’ajouter les charges annexes : électricité, gaz, chauffage, assurances, … de nombreuses personnes, disposant pourtant d’un revenu fixe mais trop proche du SMIC, ne parviennent plus à se loger correctement, ni même, pour certaines d’entre elles, tout simplement à se loger.

Parallèlement, l’offre locative a chuté de 59 % : outre les constructions à l’arrêt évoquées précédemment et la pénurie de biens, les logements considérés comme des « passoires thermiques », qui ne sont plus autorisés à la location sans rénovation énergétique, ont été retirés du marché et alimentent la crise. Et cela pourrait durer un peu de temps, dans la mesure où un certain nombre de propriétaires hésitent à engager des travaux, dans une conjoncture aussi incertaine, alors que le prix des matériaux de construction a considérablement augmenté et que le retour sur investissements n’est pas assuré : augmenter le loyer dans une période où les locataires rencontrent déjà des difficultés financières n’est sans doute pas la démarche la plus judicieuse …

En 20 ans, le nombre de personnes en situation de pauvreté (données 2024 : en-deçà de 1.216€ par mois pour une personne seule) a progressé de 1,5 million, s’établissant à plus de 9 millions et représentant 14,5 % des Français. Par ailleurs, selon une estimation de 2023, 330.000 personnes se retrouvent sans domicile fixe, chiffre en constante évolution.

Plus de 15 millions de personnes subissent directement la crise du logement. La part du budget qu’ils y consacrent est de plus en plus lourde ; elle représentait 9,5 % en 1960, elle en est aujourd’hui à 23 %, en moyenne, soit 2 fois plus que la part consacrée à l’alimentaire (13,5%). Et pour les plus modestes, cette dépense représente même 32 % de leur budget.

En 10 ans (2010-2020), les prix de l’immobilier ont augmenté de plus de 125 % et les prix locatifs – quel que soit le secteur, social ou libre – de 36,5 %.  

Parallèlement, sur la même période, le revenu brut des ménages n’a progressé que de 29 % !

Dans ce contexte, les privations sur un certain nombre de postes se multiplient : 1 français sur 10 n’a pas les moyens de manger un repas contenant des protéines au moins une fois tous les deux jours, plus d’1 sur 10 vit dans un foyer qui peine à se chauffer correctement (deux fois plus en 10 ans), 7% des foyers n’arrivent pas à payer à temps leurs factures de gaz ou d’électricité, 1 français sur 4 n’est pas en mesure de prendre une semaine de congés hors de son domicile au moins une fois dans l’année ; une précarité qui concerne, davantage encore, les familles nombreuses et monoparentales. L’Insee révèle que 30% de ces familles sont lourdement impactées par des difficultés financières.

… particulièrement en Île-de-France …

Le rapport entre salaire net et loyer est évalué de la manière suivante :

  • pour un salaire de 1.800€, le loyer s’établira autour de 600€/mois,
  • pour un salaire de 2.000€, le loyer ne peut excéder 700€/mois,
  • pour un salaire de 2.500€, le loyer tournera autour de 800€/mois,
  • pour un salaire de 3.000€, le loyer ne dépassera pas 1.000€/mois.

On comprend vite que, dans l’agglomération parisienne et une partie de la région d’Île-de-France où le loyer d’un studio est proposé dans une fourchette allant de 1.000 à 3.000€ pour une surface d’environ 25m², selon les quartiers, certains ménages ne parviennent tout simplement pas à accéder à un logement décent. La multiplication de situations d’extrême précarité se traduit par la multiplication de cas de mal-logement …

Ne parlons même pas des salariés à temps partiel, qui sont tout simplement exclus du parc locatif !

Et ce sont les plus jeunes qui paient le plus lourd tribut : 21% d’entre eux n’ont pas accès à un logement, faute d’emploi, 25% des jeunes renoncent aux dépenses de première nécessité pour payer leur loyer et 15% des jeunes se sont retrouvés à un moment de leur vie sans logement, logés dans un squat ou ont plongé dans une grande précarité. L’impossibilité, pour une partie d’entre eux qui travaillent (les moins de 25 ans), de bénéficier des minima sociaux, les aides au logement en baisse constante, les aides ponctuelles très insuffisantes, ne parviennent plus à jouer un rôle d’amortisseur de crise, aggravent leur pauvreté et handicapent sérieusement leur accès à l’autonomie.

Action Logement : l’acteur social incontournable …

Le 9 août 1953, un décret instaurait un dispositif baptisé « 1% Logement », une institution professionnelle paritaire dédiée au financement du logement pour les salariés, intégré dans la participation des employeurs à l’effort de construction (PEEC), dont l’objectif était de mieux loger les salariés. La France sortait alors de la guerre et les familles les plus défavorisées logeaient dans des bidonvilles, souvent à la périphérie des villes. Il s’agissait donc de construire, dans l’urgence, de nombreux parcs d’habitations à loyer modéré (HLM), les fameuses « barres », avec des appartements disposant d’un vrai confort, de sanitaires et d’espaces extérieurs de jeux pour les enfants. Des centaines de milliers de logements virent le jour sur l’ensemble du territoire, conduisant à la disparition, au début des années 1970, des derniers bidonvilles encore existants. Mais, avec le renforcement de l’appel à une main d’œuvre étrangère pour travailler principalement dans l’industrie et le regroupement familial (autorisé par le gouvernement sous plusieurs conditions, décision actée par le décret du 29 avril 1976, signé par le Premier ministre Jacques Chirac et le ministre du Travail Michel Durafour) et malgré la « fin à l’immigration pour motif économique » en juillet 1974, renforcée par des mesures plus contraignantes du gouvernement Barre, la pression sur le logement social s’intensifie.

Le dispositif du 1% Logement tente d’aider au mieux les familles les plus en difficulté à accéder à ces logements sociaux.

Après diverses évolutions structurelles au cours des dernières décennies, l’instance deviendra « Action Logement » en 2009, disposant d’un patrimoine de plus d’un million de logements sociaux et intermédiaires.

En juin 2023, Action Logement, en présence des partenaires sociaux, signe avec l’État une nouvelle convention quinquennale couvrant la période 2023-2027, prévoyant la mobilisation de 14,4 Mds€, dont 5,5 Mds€ destinés au financement des bailleurs pour la construction et la réhabilitation énergétique de logements, 3,7 Mds€ pour accompagner les salariés dans leur parcours résidentiel, en lien avec l’emploi et enfin, 5,25 Mds€ fléchés vers l’investissement dans les politiques publiques du logement, notamment la rénovation urbaine (NPNRU) et « Action Cœur de Ville ».

Action Logement Services a ainsi accompagné, en 2023, 750.000 salariés dans leur parcours résidentiel.

L’organisme aide les salariés soit à louer un logement, soit à devenir propriétaires, en proposant des prêts, des subventions ou des services, par exemple en termes de mobilité.

Pour illustration, grâce la « Garantie Visale », Action Logement se porte garant contre les loyers impayés et les dégradations locatives. Plus de 280.000 salariés ont ainsi bénéficié de ce service en 2022, alors que, dans le même temps, environ 16.600 prêts d’accession à la propriété ont été accordés.

En 2023, Action Logement a aussi racheté 30.000 logements neufs aux promoteurs, afin de limiter les effets de la crise dans laquelle ils se trouvent, en partie liée au coût de la construction et à l’évolution des taux d’intérêt et des conditions de garanties pour l’emprunteur. De nombreux programmes ont été abandonnés et l’incapacité à trouver des acquéreurs a entraîné de graves déséquilibres dans leurs trésoreries.

Mais tout ceci reste insuffisant pour répondre aux besoins, d’autant que la rotation des logements ré-attribuables diminue fortement, face à l’impossibilité des locataires de trouver, sur le marché du circuit traditionnel, des offres de logements en nombre suffisant, à des tarifs abordables et pas trop éloignés des lieux d’activité professionnelle.

… dont les ressources diminuent au fil des années …

Car depuis 1992, le taux de la PEEC n’est plus du tout de 1 % de la masse salariale : il a baissé de plus de la moitié et s’établit désormais à 0,45 %. La loi Pacte, adoptée en 2019, a, par ailleurs, modifié l’assiette du seuil de cotisation pour les entreprises du secteur privé, le passant de 20 à 50 salariés.

Quant à l’État, à court d’argent, il se sert copieusement dans les caisses de l’organisme : 500 M€ en 2020, 300 M€ en 2023, sans aucune compensation, réduisant d’autant ses capacités d’action.

La nouvelle convention quinquennale 2023-2027 de juin 2023, évoquée plus haut, permettra finalement de dégager un budget de 14,5 Mds€ pour Action Logement, quelques semaines après de nombreuses tergiversations sur le statut même de la structure.

Le SGTCF constitue un groupe de travail sur ce sujet :

Face aux remontées désormais régulières et de plus en plus insistantes des salariés et de nos adhérents auprès de notre syndicat, le SGTCF a décidé de se saisir directement de ce dossier, de tenter de répondre à la détresse de bon nombre d’entre eux, car, aujourd’hui, travailler et disposer d’un salaire ne permet plus d’accéder à un logement décent, d’autant plus pour les familles dites monoparentales pour lesquelles un seul revenu, même assorti d’aides sociales, est nettement insuffisant pour pouvoir se loger dignement en Île-de-France (ne parlons même pas de Paris intra-muros !).

Plusieurs axes de réflexion, non exhaustifs, peuvent ainsi nourrir notre réflexion :

  • un rééquilibrage de l’offre de construction, en fonction du périmètre géographique et des bassins d’emplois. Les besoins de logements dans la Creuse, pour reprendre une comparaison habituelle, ne sont évidemment pas identiques à ceux de l’Île-de-France, mais une offre trop abondante dans des secteurs d’activité sinistrés posent aussi problèmes, faute de candidats,
  • dans un climat de réduction des déficits et de dérive budgétaire, une affectation de ressources assurée dans la durée en faveur du logement social,
  • faire davantage évoluer le montant des loyers du parc HLM en fonction des ressources de leurs occupants,
  • revaloriser l’aide au logement,
  • contrôler et taxer plus fortement les appartements des grandes métropoles proposés en « airbnb »,
  • faciliter la mobilité des personnes en situation de handicap,
  • inciter les régions à mieux aménager leurs territoires et renforcer leur offres de transport combinés,
  • garantir l’accès au secteur locatif privé pour les jeunes,
  • renforcer le financement de la nécessaire rénovation thermique des logements, dans le respect des objectifs de décarbonation fixés par l’Europe et les pouvoirs publics (loi Climat et résilience de 2021),
  • revaloriser le loyer de solidarité (RLS), constamment réduit depuis 2018,
  • imposer aux élus locaux le respect de la loi SRU de 2020 en alourdissant significativement les pénalités pour les villes ou métropoles qui refusent de construire ou de proposer en nombre suffisant des logements à loyer modéré (sur la période 2020/2022, 64 % des communes tenues de combler leur déficit de logements sociaux n’ont pas atteint leur objectif légal de production, ce qui représente une hausse de près de 20 points par rapport aux 3 années précédentes),

Il conviendra évidemment de réunir tous les acteurs locaux, au fil de nos travaux, pour étayer nos arguments et les porter ensuite en revendications auprès des instances régionales.

Gabriel Attal, premier ministre, s’adressait au Parlement, le 9 janvier dernier, en appelant à « un choc d’offres pour répondre à la crise du logement et déverrouiller le secteur », pour éviter le risque de « bombe sociale » évoqué, six mois auparavant, par le ministre du Logement du gouvernement Borne.

La difficulté de se loger à des prix raisonnables dans les grandes agglomérations est devenue un frein à l’emploi. Dans près d’une TPE-PME sur cinq (19 %), les recrutements deviennent compliqués en raison des difficultés des candidats à se loger, soit plus du double par rapport à l’année précédente.

En Île-de-France, le délai d’attente pour accéder à un logement social est d’au moins dix ans, deux fois plus qu’en 2014, soit plus de 780.000.

Il est temps de se pencher sérieusement et collectivement sur ce dossier et d’inciter les élus de la région IDF, mais aussi les entreprises de ce périmètre à multiplier les initiatives pour faciliter l’emploi et combler le manque de candidats dans de nombreux secteurs, y compris celui des transports. L’exemple du récent accord sur la mise en place d’un parcours salarié-logé signé par la RATP (objectif d’un seuil de 1.100 familles logées en 2024) démontre que la voie du dialogue, avec des résultats concrets à la clef, est possible.

Le SGTCF est disposé à y prendre sa part.