La téléconsultation, devenue un pilier de l’accès aux soins depuis la crise sanitaire, entre dans une nouvelle phase de régulation.

L’État renforce désormais son contrôle sur les plateformes numériques de santé et précise leurs obligations, dans un contexte où l’essor rapide de ces services soulève des questions de qualité, de sécurité et d’éthique (Décret n° 2026-626 du 8 juillet 2026 relatif aux modalités d’évaluation des sociétés de téléconsultation et de renouvellement de leur agrément).

Un secteur en pleine expansion, mais encore trop hétérogène

D’abord généralisées pendant la période de confinement liée à la pandémie de Covid-19, les plateformes de téléconsultation permettent, depuis 2020, un accès facilité aux médecins, réduisent les délais de prise en charge et répondent  surtout à la désertification médicale qui touche de nombreux territoires.

Longtemps présentée comme une révolution douce de l’accès aux soins, la téléconsultation est devenue en quelques années un marché florissant, porté par des plateformes privées dont la croissance fulgurante a surpris jusqu’aux autorités sanitaires.

Les plateformes ont en effet vu leur activité bondir de plusieurs centaines de pourcents en quelques mois.

Mais cette expansion s’est accompagnée d’une grande diversité de pratiques : des modèles économiques parfois opaques, un recours massif à des médecins intérimaires ou étrangers, certains d’entre eux n’étant même pas inscrits à l’Ordre, des prescriptions automatisées de médicaments sensibles sans examen clinique, une absence de suivi médical continu et, ce qui n’est pas à sous-estimer, la collecte de données sensibles à des fins commerciales, qui contrevient au règlement général sur la protection des données (RGPD).

Dans certains cas, les plateformes proposaient des “consultations express” de moins de cinq minutes, avec des scripts prérédigés pour accélérer le traitement des demandes. Un modèle qui, selon un expert de la CNAM, “relève davantage du centre d’appels que de la médecine”.

Face à ces dérives, les autorités sanitaires ont décidé de reprendre la main.

Car plusieurs enquêtes internes de l’Assurance maladie ont mis en évidence des pratiques “à la frontière de la légalité”. Certaines plateformes ont même été soupçonnées de contourner les règles du parcours de soins pour maximiser le volume de consultations.

Des obligations renforcées pour les plateformes

Le gouvernement impose désormais un cadre plus strict aux opérateurs de téléconsultation.

Parmi les nouvelles exigences, une transparence totale devra être établie sur l’identité des professionnels de santé, leurs qualifications et leur mode d’exercice. Par ailleurs, les consultations “sans médecin”, c’est‑à‑dire basées uniquement sur des questionnaires automatisés, seront désormais interdites. Il est également instauré une obligation de garantir un parcours de soins cohérent, incluant la possibilité d’un suivi physique si nécessaire. D’autre part, les prescriptions devront être encadrées, notamment pour les médicaments sensibles ou soumis à surveillance. Enfin, les données de santé devront bénéficier d’une protection renforcée, avec l’interdiction de toute utilisation commerciale.

Ces mesures visent à éviter que la téléconsultation ne devienne un marché dérégulé où la logique de volume prime sur la qualité du soin.

Un contrôle accru des pratiques

L’État prévoit également des audits réguliers des plateformes, des sanctions financières en cas de manquement, la possibilité de suspension ou de fermeture des services non conformes, une coopération renforcée entre l’Assurance maladie, l’ARS et la CNIL.

L’objectif est clair : garantir que la téléconsultation reste un outil médical, et non un simple service numérique.

Entre innovation et vigilance

Pour les professionnels de santé, ces nouvelles règles sont accueillies avec prudence.

Beaucoup reconnaissent l’utilité de la téléconsultation, notamment pour les patients éloignés des centres médicaux. Mais ils alertent sur le risque de “médecine low‑cost”, si les plateformes ne sont pas encadrées.

Pour les patients, ces mesures devraient renforcer la confiance dans un dispositif devenu malheureusement incontournable.

Les plateformes, de leur côté, dénoncent un “durcissement excessif” de la loi et affirment que la téléconsultation répond à une demande réelle, notamment dans les zones sous‑dotées en médecins. Certaines reconnaissent toutefois que la croissance rapide a pu entraîner des “erreurs de jeunesse”, avec des recrutements précipités qui expliquent en partie que les règles n’ont pas toujours été suivies avec la rigueur nécessaire.

Vers une téléconsultation plus responsable

En resserrant le cadre, l’État cherche à concilier innovation et sécurité.

La téléconsultation doit rester un complément à la médecine de proximité, et non un substitut déconnecté du terrain.

Ce tournant réglementaire marque une étape importante, celle d’une téléconsultation plus responsable, plus transparente et mieux intégrée au parcours de soins, avec des patients mieux informés de leurs droits.