Editorial

À quelques mois de la présidentielle, le gouvernement Lecornu s’attèle à la préparation du dernier débat budgétaire de la décennie Macron, dans un contexte où les finances publiques affichent un niveau de fragilité inédit.

L’exercice pourrait sembler théorique ; il ne l’est pas. Sans budget, l’État ne peut pas fonctionner. Et sans signaux envoyés aux créanciers, la France s’exposerait à une dégradation de sa crédibilité financière.

Or, on a vu à quel point, compte-tenu de la composition de l’Assemblée nationale, le budget 2026 a conduit à une véritable bataille parlementaire : près de quatre mois de débats, trois recours au 49.3 et six motions de censure, avec une adoption dans la douleur le 2 février, plus d’un mois après la date limite théorique et, au final, un déficit programmé en léger recul à 124,4 Mds d’euros (contre 130,5 Mds en 2025). 

Un budget pour faire tourner l’État… et éviter la dérive

Dans ce contexte, le projet de budget 2027 n’aura pas pour ambition de financer de grandes réformes, ni de multiplier les promesses. Il servira d’abord à assurer la continuité de l’État : financer les services publics, payer les fonctionnaires, maintenir les dispositifs obligatoires.

Mais derrière cette mécanique institutionnelle se cache une urgence, celle d’empêcher les déficits de se creuser davantage, avec l’objectif de préparer les esprits à des coupes budgétaires dans à peu près tous les secteurs.

0,4 % de hausse des dépenses : un projet de budget sous contrainte maximale

Dans les documents préparatoires, la hausse des dépenses serait limitée à 0,4 %, un niveau historiquement bas. De fait, les arbitrages devraient favoriser le secteur des armées dans un contexte géopolitique tendu, pour réarmer le pays et répondre à nos engagements internationaux, dans le secteur de l’Écologie et de l’environnement pour renforcer, après les épisodes de canicule et la multiplication d’incendies dévastateurs à partir de la presqu’île du Cap Ferret, les transitions énergétiques, protéger le climat et réorganiser les infrastructures vertes, dans le secteur de l’Éducation, pour répondre à une pression sociale et politique toujours soutenue visant à maintenir un nombre suffisant de classes et d’enseignants, enfin dans celui de la Sécurité pour renforcer les moyens de la police, de la justice et de la lutte contre les violences.

En revanche, d’autres secteurs pourraient subir de nouvelles baisses budgétaires, celui de la Sécurité sociale, avec des dépenses de santé dont le remboursement de certaines d’entre elles devrait être transféré vers les mutuelles et des retraites toujours sous tension, mais aussi celui du Travail en révisant à la baisse les dispositifs accompagnant l’emploi, enfin celui des Collectivités territoriales, avec des dotations en baisse, qui susciteront sans doute de nombreuses tensions locales.

Bref, un budget d’attente.

Un budget pour tenir jusqu’à la présidentielle

Attente de quoi ? des élections présidentielles.

Car il reviendra au futur président ou à la future présidente de gérer les problèmes d’équilibre budgétaire, avec une projection de déficit à 6,8 % du PIB en 2030, une dette à 130 %, le risque d’une dégradation de la note souveraine et d’une hausse du coût de la dette.

Ce budget 2027 a donc une mission : tenir quelques mois sans laisser les déficits s’envoler davantage, jusque mai 2027. La prochaine majorité qui sortira des élections législatives anticipées devra reprendre la main, avec des choix difficiles qui, selon la « couleur politique » choisie par les électeurs, sera contrainte de lever de nouveaux impôts pour les plus riches, de réduire certaines prestations, de réviser certaines dépenses sociales et d’engager une réorganisation de l’État.

Pendant la campagne électorale des présidentielles et des législatives, chacun avancera ses promesses, mais la future majorité sera responsable de ses arbitrages.

Toute l’opposition pourrait-elle, à quelques mois des présidentielles, être tentée de le rejeter ?

Probablement non, malgré elle … Politiquement, l’opposition n’aura aucune envie de soutenir ce budget, mais institutionnellement, elle pourrait y être contrainte.

Si aucun budget initial n’est voté, la France fonctionnerait avec une loi spéciale, les comptes publics dériveraient pendant 6 à 9 mois, le futur gouvernement devrait tout recommencer à zéro et ce serait économiquement et politiquement suicidaire.

Mais surtout, pour qu’un budget rectificatif puisse être adopté après l’élection, il faudra obligatoirement disposer d’un budget initial déjà voté ; c’est la mécanique budgétaire française.

On peut donc s’attendre à ce que l’opposition fustige le budget, que les différents partis politiques dénoncent les coupes budgétaires, en utilisant l’hémicycle comme caisse de résonance pour faire campagne. Mais, en coulisses, le texte pourrait finalement être adopté, faute de mieux, chacun jurant de corriger le tir après les élections.

En fait, ce budget n’a pour ambition que de transmettre au prochain gouvernement la lourde responsabilité de gérer 3.500 milliards d’euros de dette, sans aggraver la situation avant son arrivée.

Les tensions politiques seront donc vives jusqu’à la fin de l’année, chacun cherchant à prendre la lumière avant les élections, le début 2027 laissant la place aux différents candidats à la présidentielle, où la campagne battra son plein.

Les citoyens, eux, devront faire le dos rond, jusqu’au budget rectificatif qui n’interviendra pas avant le deuxième semestre 2027.

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