Depuis le 1er janvier 2026, les défaillances de transporteurs routiers en France s’accélèrent nettement, confirmant une crise déjà profonde en 2025. Les liquidations et redressements se multiplient dans toutes les régions, touchant aussi bien les petites structures que des entreprises de fret de proximité. Les causes sont structurelles : flambée des coûts, marges trop faibles, trésoreries exsangues et demande en recul.
Un début d’année marqué par une succession de liquidations
Depuis le 1er janvier 2026, les tribunaux de commerce enregistrent une série continue de liquidations judiciaires dans le transport routier. Les données issues des publications légales montrent une cadence soutenue de fermetures, touchant des entreprises de toutes tailles.
Parmi les dossiers clôturés en mars 2026, figurent notamment :
- Trans Services Ariégeois (Ascou), liquidation clôturée le 23 mars 2026,
- Axsion Transports (Le Tréport), liquidation clôturée le 20 mars 2026,
- Transports Paitier (Malestroit), liquidation clôturée le 18 mars 2026,
- Société d’Exploitation des Transports Cotart et Fils (Drancy), liquidation clôturée le 17 mars 2026,
- MPCJ Transport (Clermont-l’Hérault), liquidation clôturée le 13 mars 2026,
- Transports Ziegler France (Roncq), liquidation clôturée le 31 mars 2026.
Ces exemples ne représentent qu’une fraction des plus de 1.900 dossiers actifs dans le secteur « Transports et entreposage » recensés fin mars 2026.
Des redressements judiciaires qui se multiplient
En parallèle des liquidations, de nombreuses entreprises entrent en redressement judiciaire, signe d’une fragilité croissante :
- Pedretti Distribution, acteur important du fret de proximité (250 à 499 salariés), a été placé en liquidation judiciaire le 16 mars 2026 après conversion de son redressement.
- TA Transports (Montpellier) a ouvert une procédure de redressement le 13 mars 2026.
- SOTRA.B (Saint‑Paul, La Réunion) a également été placée en redressement le 13 mars 2026.
Ces décisions illustrent un secteur où les trésoreries ne parviennent plus à absorber les chocs.
Les causes : un cocktail explosif de coûts et de contraintes
La flambée du carburant
La hausse du gazole, liée notamment aux tensions géopolitiques au Moyen‑Orient, a fait bondir les coûts d’exploitation. Le gazole est passé de 1,60 € à 2,30 € pour certains transporteurs. Les aides gouvernementales (20 centimes/litre) sont jugées insuffisantes par les fédérations professionnelles, qui manifestent dans plusieurs régions françaises.
Des marges historiquement faibles
Les transporteurs français opèrent avec des marges nettes de 2 à 3 %, parmi les plus faibles d’Europe. Dans ces conditions, une variation minime des coûts suffit à faire basculer une entreprise.
Une demande en recul
Près de 47 % des dirigeants évoquent une demande insuffisante, un niveau exceptionnellement élevé, une situation liée en grande partie au ralentissement de la consommation et à la contraction des dépenses, les français constituant une épargne de précaution, dans cette période de grande incertitude dans les domaines économique et social.
Une trésorerie exsangue
Les niveaux de trésorerie sont « nettement inférieurs aux moyennes historiques », rendant impossible l’absorption des chocs.
Pour comprendre 2026, il faut rappeler que 2025 avait déjà été une année noire, avec 1.768 procédures judiciaires dans le transport routier de marchandises en 2025 (malgré une baisse de 9,7 % par rapport à 2024), 645 faillites au seul deuxième trimestre 2025, soit +7 % sur un an et une moyenne de dix transporteurs en faillite chaque jour ouvrable.
Cette fragilité structurelle explique la vague de défaillances observée dès le début de 2026.
Dans ce climat très préoccupant pour le secteur, les fédérations professionnelles alertent : sans mesures rapides et adaptées, le pavillon français est en danger sur son propre territoire.
Les transporteurs réclament, entre autres, une remise carburant plus élevée, des aides ciblées par véhicule, un allègement fiscal et réglementaire et des dispositifs de soutien à la trésorerie.
Le début de l’année 2026 confirme une tendance lourde : la crise du transport routier français s’aggrave, avec une succession de faillites et de redressements. Entre flambée des coûts, marges insuffisantes et demande en berne, les entreprises peinent à survivre. Sans intervention et soutien forts de la filière, la dynamique pourrait encore s’accélérer dans les mois à venir.

